L’agriculture urbaine pour les populations précaires | TERRACEUS TERRACEUS

L’agriculture urbaine pour les populations précaires

Étude AgroParisTech

La transformation issue de produits de l’agriculture urbaine par et pour des populations
précaires aujourd’hui n’est pas encore une pratique courante. Cependant, il existe des projets que révèle l’étude d’AgroParisTech sur les initiatives françaises qui identifie les forces, les freins et les leviers.

En France, environ 5 millions de personnes bénéficient d’une aide alimentaire ponctuelle ou régulière et 48% des foyers modestes éprouvent des difficultés à assurer 3 repas par jour2. L’alimentation est un déterminant majeur de santé et principal facteur de risque de maladies cardiovasculaire, malnutrition, détresse psychologique, isolement social… 15 % de la mortalité est attribuable à l’alimentation (contre 12.5% pour le tabac) (Source : Solidarités actives)

► Les besoins en matière d’aide alimentaire sont très importants, à la fois en quantité (une alimentation suffisante) et en qualité (une alimentation saine, favorable à la santé, avec des produits frais et diversifiés).

Des modèles pour répondre aux besoins des plus démunis.

Les acteurs de l’agriculture urbaine et le réseau d’AgroParisTech imaginent des modèles pour répondre aux besoins des plus démunis. Entre jardins nourriciers, épiceries solidaires, glanages auprès de producteurs locaux, ateliers cuisine, jardins partagés et bien d’autres, l’objectif du rapport est de permettre aux populations vulnérables d’avoir accès à une alimentation plus saine et riche en produits frais.

L’étude qui s’appuie sur la chaire partenariale Agriculture Urbaine d’AgroParisTech s’est ainsi attachée à

  • IDENTIFIER les principaux acteurs et faire un recensement de ces pratiques à l’échelle nationale et à l’international
  • ANALYSER le fonctionnement de certains projets pour mieux comprendre les différents enjeux
  • CAPITALISER POUR ESSAIMER

Réseau "Agricultures urbaines & précarités"

Alors qu’entend-on par personnes en situation de précarité ?

Le terme « précarité » fait référence, dans l’étude, à un public assez large, c’est-à-dire, aux bénéficiaires de l’aide alimentaire, aux résidents de centres d’hébergements, aux habitants des quartiers prioritaires de la ville, aux personnes en emploi précaire, aux territoires zéro chômeur et aux personnes isolées (hommes, femmes et/ou enfants).

Le dénominateur commun de ces populations est leur précarité ou insécurité alimentaire.

Ainsi dix projets ont été étudiés (dont les Cuisines Collectives au Canada) pour leur aspect innovant en termes d’organisation, d’implication/participation de populations précaires et du niveau de la transformation.

DES VISIONS ET DES OBJECTIFS VARIÉS

La transformation présente de nombreux bénéfices socio-économiques et sont classés en cinq dimensions comprenant les trois piliers du développement durable : l’environnement, l’économie et le social ainsi que la dimension santé et territoriale.

Territoriale
  • Territorialiser l’alimentation
  • Mettre en lien différents acteurs
Agricultures urbaines & précarités
Economique
  • Rendre accessible une nourriture saine de qualité (en quantité) pour tous
  • Insérer des personnes éloignées de l’emploi
  • Financer la structure
  • Valoriser les fruits et légumes de qualité disqualifiés des producteurs locaux
  • Conserver les surplus d’un jardin
  • Faire des économies
  • Former à la transformation (développement de compétence)

Agricultures urbaines & précarités TYPE DE JARDINS

Sociale
  • Renforcer le lien entre producteurs et consommateurs
  • Renforcer le lien social (entre habitants)
  • Lutter contre la précarité relationnelle
  • Insérer socialement des personnes isolées
  • Favoriser la solidarité, créer de la mixité sociale
  • Sensibilisation, éducation aux pratiques alimentaires
  • Favoriser le pouvoir d’agir
  • Se réapproprier son alimentation (proposer une alternative à l’aide alimentaire)
  • Valoriser des savoir-faire (échanges de recettes)
  • Mise en activité (pouvoir s’investir bénévolement, se sentir utile)
  • Mobiliser de nouveaux adhérents

Agricultures urbaines & précarités TYPE DE JARDINS2

Environnementale
  • Lutter contre le gaspillage alimentaire
  • Développer une alimentation durable
  • Soutenir-développer une agriculture saine pour l’environnement
  • Valoriser des aliments
  • Santé
  • Rendre accessible une nourriture saine de qualité (en quantité) pour tous
  • Agir sur la santé morale
  • Sortir des personnes de l’isolement
  • Rendre accessible des produits sains toute l’année
  • Rendre accessible des légumes prêts à être consommés pour des personnes ne pouvant pas cuisiner

 

Agricultures urbaines & précarités Catégories

Une carte interactive des projets recensés

NATURE DE LA CONSOMMATION ET TECHNIQUES DE TRANSFORMATION EMPLOYÉES

Transformation pour une consommation sur place immédiate

  • Ateliers cuisine de type repas partagés
  • Animations de cuisine de rue
  • Restaurants participatifs
  • Restaurant, traiteur en insertion

 

atelier-cuisine- ellsa

Transformation pour une consommation différée

  • Repas à ramener chez soi
  • Légumes prédécoupés sous vide
  • Déshydratation (fruits et légumes séchés) et lactofermentation
  • Conserves (dites “domestiques” ou dites “professionnelles”)

 

La brigade des compotes

La brigade des compotes

ORIGINE DE LA MATIÈRE PREMIÈRE

GRATUIT

Dons

  • Produits locaux (Conserverie mobile, Auto-fabrique Ondine, Cantine Solidaire, Petites Cantines)
  • Invendus (GMS, Comptoir des Alouettes, ELLSA…)

 

La Tente des Glaneurs

Glanage

  • Fin des marchés (Moissons solidaires, la Tente des Glaneurs…)
  • Dans les champs (Ondine, Fruimalin, Glaneur »euses…)
  • Jardins de particuliers (Râteleurs, Le Bocal Local, Brigade des Compostes, Quoi de 9)
veni verdi

veni verdi

AUTO- PRODUCTION

Collective

  • Jardins collectifs, jardins partagés, jardins nourriciers … (Uninat, Intermède Robinson, ATD Quart Monde, Régie de Quartier de Lannion…)
  • Microfermes urbaines multifonctionnelles – Jardins d’insertion (Veni Verdi, ELLSA, les Cols Verts, Anges Gardins, Régie de Quartier de Saint Herblain, Marmite urbaine, Récolte Urbaine, Agrocité…)

 

Marmites à Roulettes

ACHAT

Groupement d’achats

  • Producteurs locaux (VRAC, ATD Quart Monde – Pays Terre de Lorraine, Comptoir des Alouettes, MIAM, Uninat)

Direct producteur

  • Producteurs locaux (Marmites à Roulettes -(en photo), Comptoir des Alouettes, MIAM…)
La brigade des compotes pour populations précaires

La brigade des compotes

FORCES, FREINS ET LEVIERS IDENTIFIÉS

FORCES

  • Ancrage territorial du projet et le réseau
  • La localisation de la structure et les opportunités présentes sur le territoire
  • Implication des bénévoles
  • Valoriser les compétences de certains et faire monter en compétence d’autres
  • Les moyens mis en œuvre pour mobiliser des adhérents et les rendre acteurs/bénévoles
  • Accès aux produits alimentaires

FREINS & LEVIERS

Ressources financières

  • Demander des subventions publiques à différentes échelles et/ou privées, ou faire appel aux dons de particuliers.
  • Vendre une partie des produits transformés et rendre l’autre partie accessible aux transformateurs.
  • Diversifier les activités: prestation de service (type traiteur, formations, animations…)
  • Mutualiser les équipements, les ressources humaines.

Flou réglementaire

  • S’orienter vers des procédés pour lesquelles les règles sont plus souples :
    repas à consommer sur place, fruits et légumes déshydratés, conserves lactofermentées et confitures. Autrement investir dans de l’équipement adéquat ou y accéder.
  • Se former aux règles et techniques de la transformation de produits alimentaires (HACCP, PMS, BPH). On peut également envisager la mutualisation de ressources humaines: un expert HACCP peut par exemple contribuer au travail de plusieurs structures.
  • S’inscrire auprès de la DDPP pour des ateliers de transformation autre que des repas partagés.

Accès aux cuisines et à la matière première

  • Cibler des cuisines pédagogiques de collèges, avancer l’argument de sous-utilisation d’un bien public qui devrait revenir à l’intérêt général.
  • Effectuer un diagnostic des potentialités de valorisation des équipements existants sur le territoire (cuisine collective, stockage alimentaire, salle de restauration, potager, verger, élevage collectif…)
  • Effectuer aussi un recensement du type d’équipements et de leurs accessibilités (géographique, calendaire et conventionnelle) aux habitants et aux producteurs locaux.

Accès à la matière première

  • Demander une mise à disposition de terres cultivables auprès des collectivités, des bailleurs sociaux, ou des agriculteurs.
  • Organiser des groupements d’achat pour lisser les coûts et/ou être en lien direct avec les producteurs locaux.

Il existe des projets d’agriculture urbaine animant des ateliers cuisine de transformation d’invendus (bio dans la mesure du possible). C’est le cas de l’Agrocité de Bagneux ou de Récolte Urbaine à Montreuil. Il existe cependant quelques projets qui visent à se réapproprier son alimentation via l’ensemble du système alimentaire : production, transformation, distribution et consommation. Notons cependant que ce type d’organisation est tout de même très énergivore (en temps et en kwh) et demande de nombreux savoirs faire.

Notons également que l’enjeu est à la fois que les produits soient accessibles mais pas nécessairement gratuits pour justement éviter de reproduire le schéma actuel de l’aide alimentaire qui est distributive et qui ne rend pas le consommateur acteur de son alimentation.

Type de distribution des produits :

  • Prix libre et conscient
  • Prix solidaire en fonction des ressources
  • Prix fixe (le même pour tous)
  • Gratuité (en échange ou non d’une participation)
  • Monnaie alternative interne (temps, service)
L’apparition d’un marché de la faim

A noter le témoignage de Bénédicte BONZI, anthropologue EHESS, dans un MOOC en agriculture urbaine :

Les associations se retrouvent en charge de nourrir les populations précaires à la place de l’état qui va les aider en reversant une partie du droit européen par exemple ou par d’autres subventions… La loi Garot, la loi de lutte contre le gaspillage alimentaire (2014), est issu du rapport Garot qui donnait des indications sur la réalité du besoin des personnes en situation de besoin d’aide alimentaire.

Or ce rapport a été un peu oublié au profit des nouveaux acteurs qui sont arrivés : les grandes surfaces. Le constat était de dire qu’il y avait énormément de gaspillage alimentaire et que la solution était de donner cette nourriture à ceux qui n’en avaient pas. Ce qui pour moi est une mauvaise solution parce que l’accès à la nourriture peut pas se faire quand celle-ci est à l’état de poubelle et de déchets mais doit être garanti bien avant.

Sinon on n’est pas dans le cadre d’un droit ni d’une société équitable, on a deux poids, deux mesures. Ce que permet la loi Garot c’est l’apparition d’un marché de la faim en créant de la valeur sur des produits qui l’avaient perdu.

La grande surface est gagnante car elle ne paye plus le fait de devoir détruire de la nourriture, elle récupère une part de la TVA et profite d’une défiscalisation.
L’association est perdante, elle qui pouvait fixer les règles du jeu auparavant, va devoir récupérer la nourriture dans les conditions qui arrangent la grande surface et non pas par rapport aux besoins des personnes qui viennent se servir dans un centre de distribution, une épicerie solidaire ou à la maraude.

TÉLÉCHARGER ici : TRANSFORMATION DE FRUITS ET LÉGUMES ISSUS DE L’AGRICULTURE URBAINE ET LOCALE PAR ET POUR DES POPULATIONS EN SITUATION DE PRÉCARITÉ / MAI 2020 – CHAIRE AGRICULTURES URBAINES ÉTUDE RÉALISÉE PAR CLÉMENCE MARESCOT

Pour aller plus loin: La résilience alimentaire : sécurité alimentaire

Réseau CIVAM, le Projet Accessible sur  l’accès à l’alimentation

L’UGESS est groupements régional d’épiceries sociales et solidaires

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