L'écologie positive par Luc Ferry | TERRACEUS TERRACEUS

L’écologie positive par Luc Ferry

Le recyclable à l'infini

Les Anti-décroissants ont trouvé en Luc Ferry* un porte-parole du Cradle to cradle (Du berceau au berceau), cet « éco-bénéficience» qui ne mettrait pas la croissance économique et l’écologie dos à dos.

Il prône ainsi pour une révolution de l’industrie positive, à savoir des produits recyclables à l’infini et positifs pour l’environnement, pour une croissance infinie. Au passage, il loue les vertus de l’économie circulaire, du recyclage et de l’agriculture urbaine pour la ville de demain.

Nous avons donc choisi d’extraire (ci-dessous) le passage qui montre un Luc Ferry inconditionnel de cette «empreinte écologique positive», qui consiste à penser le produit dès l’origine pour lui donner plusieurs vies.

Interviewé par Dominique Rizet** lors des Journées Digitales de l’Immobilier d’entreprise***, Luc Ferry donne sa vision de ce que pourrait-être la vie et la ville demain ou des nouvelles façons de travailler et de vivre l’entreprise avec le télétravail…

 

Dominique Rizet : J’aimerais que vous nous parliez des révolutions en cours. Comment voyez-vous les villes de demain dans le respect de l’humain et de l’écologie ?

Luc Ferry : Les villes aujourd’hui… Je m’intéresse beaucoup à ce qu’on appelle l’économie circulaire. Il y a un petit livre qui est très intéressant qui s’appelle Cradle to cradle, en français, du berceau au berceau, qui est écrit par un architecte et designer américain, William McDonough et un ingénieur allemand, chimiste, qui s’appelle Michael Braungart.

Et c’est très intéressant parce qu’il y a un chapitre sur la ville de demain notamment et le projet de l’économie circulaire y est vraiment génial. Mais je le laisse de côté, je me centre sur la ville pour répondre à votre question. Et ce qu’ils expliquent de manière très convaincante, c’est qu’aujourd’hui, la ville est organisée en dépit du bon sens. Ce qui est normal. On n’avait pas quand on a construit les villes notamment les villes anciennes, les problématiques d’aujourd’hui notamment les problématiques de transport et d’écologie.

Et en vérité dans les villes d’aujourd’hui, on a quatre blocs qui sont séparés. Vous avez un bloc où les gens vont travailler, vous avez un bloc où ils vont faire les courses et ce n’est pas au même endroit, vous avez un bloc où ils habitent, ce n’est pas au même endroit, et un bloc éventuellement où les enfants vont à l’école et ce n’est pas au même endroit.

Ce qui fait que vous avez des millions de kilomètres chaque année qui sont perdus pour rien et donc écologiquement, c’est une dépense d’énergie absurde ! Et donc en termes de réchauffement climatique, de gaz à effet de serre, tout cela est aberrant. Et en plus, en termes de temps perdu, c’est considérable !

Le problème des transports devient absolument majeur notamment dans les périphéries des grandes villes. Donc l’idée, c’est de fabriquer des villes ou de refabriquer des villes ou de transformer des villes de telle sorte que ces quatre blocs soient le plus rapprochés possible.

Cradle infographie

 

Dominique Rizet : L’idée c’est quoi alors ? Comment est-ce qu’on les repense, qui va s’en occuper ? La ville de demain pourrait ressembler à quoi ?

Luc Ferry : Voilà, alors évident, c’est beaucoup plus facile quand vous construisez entièrement des villes nouvelles, ce qu’on a beaucoup fait par exemple aux Etats-Unis dans les périphéries des grandes villes américaines. Moi j’ai vécu là-bas et c’est vrai qu’ils arrivent à construire des villes au milieu des arbres tout en gardant les arbres. On n’y détruit pas tout…

Et c’est vrai que l’idée de rapprocher ces quatre blocs, c’est une idée formidable. Alors ce n’est vraiment pas facile à faire avec les villes anciennes mais avec les villes nouvelles et l’extension des villes continue, donc on a là une marge de manoeuvre absolument considérable.

Et il y a la deuxième idée, c’est de fabriquer des bâtiments qui soient vraiment écologiques mais qui en plus soit très agréables. Par exemple, il y a tout un chapitre dans ce petit livre sur le toit parfait. Qu’est que c’est qu’un toit parfait. Alors c’est un toit qui est végétal pour l’essentiel, donc qui protège de la chaleur en été, qui protège du froid en hiver, qui peut être éventuellement un objet d’un peu de permaculture comme on dit, d’agriculture urbaine.

Dominique Rizet : C’est très à la mode !

Luc Ferry : Voilà et puis ça peut être un endroit extrêmement agréable avec beaucoup de terrasses. Avec cette idée, peut-être on en parlera, que le télétravail va se développer beaucoup et que l’on ait besoin de rendre le bureau plus attractif que jamais. Je trouve que c’est une idée très intéressante.

Alors c’est très problématique parce qu’on ne sait pas trop comment le télétravail va se développer ou pas, mais s’il se développe, il y aura en effet la nécessité d’avoir des bureaux désirables si je puis dire.

Dominique Rizet : Qu’est-ce que cela veut dire du berceau au berceau ?

Luc Ferry : Cradle to cradle, c’est le slogan de l’économie circulaire : croissance infinie zéro pollution. Alors ça exaspère absolument les membres de la Convention Climat qui d’ailleurs n’ont pas entendu parler mais enfin, qui sont complètement dans la décroissance. Les décroissants sont exaspérés par ce problème. C’est un projet vraiment très intelligent mais qui suppose une véritable révolution de l’industrie mais une révolution positive. C’est-à-dire qu’il s’agit de concevoir tous les produits que ce soit les télévisions, les voitures, les ordinateurs, les smartphones ou les bâtiments; les concevoir pour qu’ils puissent être désassembler une fois qu’ils ne servent plus.

Et donc, à la fois que les ingrédients soient des ingrédients positifs pour l’environnement, ils prennent une image que j’aime beaucoup qui est celle du cerisier. Un cerisier n’est pas décroissant du tout; il est très généreux, il produit énormément de cerises, beaucoup plus que ce qu’on peut manger ou de qu’il a besoin pour se reproduire.

Donc, c’est un peu l’idée que si les ingrédients de nos produits manufacturés et industriels étaient intégralement recyclables et positifs pour l’environnement, on aurait une croissance infinie. C’est ce qu’ils appellent le sur-recyclage, un recyclage quasiment infini et en même temps non polluant et même éventuellement dépolluant et même positif pour l’environnement.

Alors cela suppose une révolution des technologies mais c’est une révolution qui rapporte de l’argent. Et donc, il y a des chances de réconcilier économie et écologie Alors j’y vais très vite mais c’est un projet génial…

 

Extrait des  Journées digitales de l’Immobilier d’Entreprise Luc Ferry : « L’immobilier d’entreprise va-t-il se révolutionner ? » (après Covid). Un événement Agora Managers clubs et plus précisément de l’Agora des Directeurs Immobiliers.

* Philosophe et écrivain, Luc Ferry a été professeur de philosophie et de science politique, et ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche (2002-2004)

** Dominique Rizet est un journaliste sur BFM TV et RMC Découverte

Du berceau au berceau (en anglais : cradle to cradle, C2C) est une partie de l’écoconception mais aussi un concept d’éthique environnementale ou de philosophie de la production industrielle qui intègre, à tous les niveaux, de la conception, de la production et de la réutilisation du produit, une exigence écologique dont le principe est zéro pollution et 100 % réutilisé.

En simplifiant, un produit fabriqué doit pouvoir, une fois recyclé, produire à nouveau le même produit, seul un ajout d’énergie renouvelable intervenant dans le cycle.

Le concept C2C distingue deux types de produits :

  1. des produits de consommation, conçus pour nourrir l’écosystème après usage,
  2. les produits de service conçus pour devenir des nutriments techniques à 100 % réutilisables pour la production de nouvelles générations de produits et de service.

Cradle to cradle (publié en 2002, version française en 2018)

L'écologie positive par Luc Ferry | TERRACEUS

William McDonough, né le 21 février 1951 au Japon, est un architecte et designer américain de renommée internationale1 qui cherche à révolutionner la notion de déchet dans les métiers de l’architecture et du design. Promu « Héros de la Planète » par le magazine Time en 19992, il a gagné quinze prix d’architecture au cours des douze dernières années. Il est aussi un ancien militant de Greenpeace. Il est à l’origine du concept Du berceau au berceau avec Michael Braungart

Michael Braungart (né en 1958 à Schwäbisch Gmünd) est un chimiste allemand qui préconise que l’on peut avoir une empreinte écologique positive en s’inspirant des systèmes qui supportent la vie. Cet ancien membre de Greenpeace a fondé l’EPEA International Umweltforschung GmbH de Hambourg, en Allemagne. Il est le cofondateur du MBDC McDonough Braungart de Charlottesville (Virginie)1. Michael Braungart est professeur d’Ingénierie des processus à l’Université des Sciences Appliquées de Suderburg (Fachhochschule Nordostniedersachsen) où il dirige un programme interdisciplinaire de management et de gestion. Professeur invité à l’université Érasme de Rotterdam, ses cours portent sur l’éco-efficacité, dans le cadre du projet Cradle to cradle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *